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Un sublime effroi

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      Le temps des architectes    "Crois-moi, c'était un âge heureux, avant le temps des architectes." Lorsque Sénèque écrit cette phrase dans une lettre à son ami Lucilius, ce n'est pas parce qu'il fulmine contre un maitre d'œuvre qui gère mal le chantier de sa villa. Au contraire, le philosophe peste contre les somptueuses constructions qui prolifèrent dans la Rome impériale, exacerbant le goût de l'ostentation et du pouvoir plutôt que celui de la juste mesure prônée par la philosophie stoïcienne. 

Sur la route

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  Il y a quelques décennies, il n’était pas rare de découvrir, sur le trottoir des villes, des œuvres éphémères réalisées à la craie de couleur par des apprentis artistes qui sillonnaient l’Europe et finançaient une partie de leur voyage avec les pièces dont les passants les gratifiaient. 

Drôles d'images

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    Dans Le cri d’Archimède , l’écrivain Arthur Koestler propose une théorie pour expliquer le phénomène de la création. Selon lui, qu’il s’agisse de l’invention scientifique, de la création artistique ou de l’humour, un même principe est à l’œuvre. Il s’agit de l'acte "bisociatif", le rapprochement imprévu de deux systèmes de référence distincts qui font surgir une idée nouvelle, une idée que ni le raisonnement analytique, ni une série d'essais-erreurs successifs n’auraient pu produire.  Ce principe créatif est illustré, depuis la plus haute antiquité et dans toutes les civilisations, par les créatures hybrides, mi-animales, mi-humaines qui peuplent les mythologies — dragons, centaures, sirènes et autres divinités égyptiennes ou indiennes.   

Si l’art n’existe pas, l’art brut est-il brut ?

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En 1923, Jean Dubuffet effectue son service militaire à l’Office de météorologie de la Tour Eiffel. Ainsi que le rapporte Lucienne Peiry, conservatrice de la Collection de l’Art Brut, il y découvre une lettre adressée à l’institution dans laquelle une dame raconte "qu’elle voyait quantité de choses extraordinaires dans le ciel durant la nuit : non pas des nuages, mais des défilés de chars et des cortèges extraordinaires. Pour ne pas les oublier, elle les dessinait, seule dans sa cuisine. Elle s’appelait : Clémentine Ripoche." Jean Dubuffet la rencontre et, pendant plusieurs mois, entretient une correspondance avec elle. Ce sera son premier contact direct, son "premier éblouissement" avec ce qu’il nommera, plus tard, "l’Art Brut".

Les ruines de la beauté

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  Attention, âmes sensibles, cet article se propose d’exposer un fait atroce :   la beauté, en soi, n’existe pas.  Aucune œuvre ne pourra jamais être considérée comme définitivement belle . Aucun agencement de forme ne possède l'équation du beau.  Ce constat fâcheux n’a d’ailleurs rien de nouveau. Dès le milieu du dix-huitième siècle, le philosophe écossais David Hume écrivait dans son ouvrage Sur les jugements de goût , que "la beauté et la laideur ne sont pas des qualités des objets, mais appartiennent entièrement au sentiment". Ce qui sera largement repris par la suite. Pour Oscar Wilde, la beauté est dans l’œil du regardeur, pour H. G. Wells, dans son cœur. Au vingtième siècle, avec le développement de la neuroesthétique, elle remontera jusqu’à son cerveau. 

Les poils du samouraï

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Au centre d’une gravure de la Manga d'Hokusai, un samouraï accomplit un saut prodigieux par-dessus huit bateaux. Composition exemplaire. Tracé virtuose. Agencement stupéfiant des détails de l’armure, du pont d’un navire, de l’enchevêtrement des flèches. 

L'usure des images

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      Effet de surprise L’intérêt que nous portons aux images est, avant tout, une affaire d’attention. Or, ce qui attire l’attention des humains, comme celle des autres créatures animales, c’est la différence.  Nous remarquons ce qui diffère dans l’espace : c’est grâce à leurs couleurs vives que les fleurs ressortent de la végétation environnante et réussissent à attirer leurs pollinisateurs. 

Habiter l'impossible

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      Habiter, c’est nécessairement habiter un monde — avec ses valeurs, ses croyances, ses rapports sociaux.  Lorsque celui-ci ne convient plus, on cherche à en changer. Mais, à défaut d'en trouver un autre à proximité, il est nécessaire de l'inventer. C'est ce qu'entreprend Thomas More, au début du seizième siècle avec son Île d'Utopie , le lieu de nulle part. 

300 kilos d'intentions

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    L’événement inaugural de l’art contemporain est daté de 1917, lorsque Marcel Duchamp présente au Salon des Indépendants de New York une œuvre intitulée Fountain . Un urinoir acheté dans un grand magasin et signé du pseudonyme de R. Mutt.  L’histoire communément admise veut que cette œuvre iconoclaste ait été refusée, malgré le fait que le salon était ouvert à tous les artistes, sans aucun critère de jugement. Un injuste rejet qui inscrit Fountain dans la continuité des créations trop en avance sur leur temps pour être comprises. 

L'invention des femmes

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  Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? Dans un essai publié en 1971, l’historienne Linda Nochlin explique comment le monde des Beaux-Arts, jusqu’au vingtième siècle, s’est accordé pour exclure presque totalement les femmes et , simultanément,  a tout fait pour dévaluer le talent des quelques rares qui étaient parvenues à s’y faufiler, comme Artemisia Gentileschi, Élisabeth-Louise Vigée Le Brun ou Rosa Bonheur. 

Le mystère des cavernes

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            Depuis la découverte de peintures d’animaux au plafond de la grotte d’Altamira, en 1879, et leur attribution à des chasseurs-cueilleurs préhistoriques, on ne cesse de s’interroger sur la raison d’être de ces images.  Pourquoi des humains se sont-ils donnés la peine d’aller peindre ces figures au fond de grottes difficilement accessibles,  éclairés par la seule lueur vacillante de torches enduites de résine ou de lampes à graisse  ?  Et comment sont-ils parvenus à ce style figuratif  remarquable qui a perduré près de vingt millénaires ? 

Pourquoi mettons nous des images sur nos murs ?

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      Aussi loin qu’on remonte dans le temps, et où qu’on aille, les images sont omniprésentes sur nos murs. Figures peintes sur les parois des cavernes, fresques murales, retables, portraits d’ancêtres, peintures de paysages, affiches de stars dans les chambres d'adolescents, magnets sur la porte du frigo ou street art , les humains éprouvent l’irrépressible besoin d’orner les parois des lieux qu’ils occupent.  

Moche comme un rond-point ?

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  Lors d’un cours sur la photographie documentaire, j’expliquais à des étudiants en architecture la manière dont certains photographes réussissent à faire des images remarquables à partir de paysages sans qualité. Dans ce but, j'avais présenté quelques photos de Raymond Depardon où il documente la transformation de la périphérie des villes et des villages. Le type de paysage qu’un article de magazine devenu célèbre a qualifié de "France moche".     Raymond Depardon, "Cher, Fussy", 2010.

Beau comme un silo

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          Dans le documentaire Beau comme un tracteur , la réalisatrice Clara Beaudoux retourne voir son oncle Michel, agriculteur retraité de la Beauce, pour discuter avec lui de ce qu’il trouve beau. Clara Beaudoux, "Beau comme un tracteur", 2024. Michel lui fait visiter la campagne autour de son village et lui montre les endroits qu’il apprécie. Les champs – champ de colza en fleur, champ de lavande, de tournesol et, pour le parfum, champ de fenouil. Ainsi que les couchers de soleil sur le village. 

Crime et ornement

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        L’une des sources de l’architecture moderne du vingtième siècle — avec ses bâtiments aux volumes géométriques, ses façades unies, son absence de décor – se situe dans un manifeste de l’architecte autrichien Adolf Loos intitulé Ornement et crime . D’abord présenté sous la forme de conférences à Vienne en 1910, ce texte théorique est publié en français dans la revue Cahiers d’aujourd’hui en 1913, puis repris dans L’esprit nouveau , en 1920, avec une présentation enthousiaste de Le Corbusier qui contribuera à lui donner une résonance internationale.  

Le marché des émotions

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        Les trois images   Comment les images agissent-elles sur notre attention ?  Pour le comprendre, commençons par les répartir en trois catégories différentes.    1. Celles, d’abord, dont l'objectif premier est de nous transmettre des informations – pictogrammes, signalétique routière, cartographies... Elles s’adressent principalement à notre système cognitif, c’est-à-dire à nos connaissances et à nos capacités d’analyse et de réflexion.

Paysages de l'esprit

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      L’expérience esthétique, c'est ce qu'il se produit lorsqu'on apprécie des œuvres d'art, c'est-à-dire des images qui ont été réalisées dans le but de susciter une telle expérience. Mais celle-ci ne survient pas uniquement face aux œuvres d'art.   Pour de nombreuses personnes, l'expérience esthétique se manifeste également lors de la découverte de paysages plus ou moins exceptionnels, découverte souvent associée à des effets de lumière inattendus – un crépuscule flamboyant, un rayon de soleil tombant sur un petit pan de mur jaune, la vibration de l’atmosphère limpide d’un matin d’été... 

Cinq fruits et légumes par jour

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    Dans un livre intitulé Art et thérapie , l’essayiste Alain de Botton et l’historien de l’art John Armstrong proposent de modifier la manière d’accrocher les œuvres dans les musées. Au lieu de les ranger par dates et par écoles, il serait plus profitable, disent-ils, de les rassembler en fonction des grandes interrogations concernant la condition humaine. Cela permettrait d'expliquer aux regardeurs comment ces œuvres peuvent les aider à vivre mieux. 

Attention aux taches !

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    Lorsque les peintres qu’on allait réunir sous la bannière de l’impressionnisme mettent au point leur style, ils cherchent, avant tout, à traduire les différentes qualités de la lumière et de ses transformations. Travaillant en grande partie en plein air, ils privilégient la rapidité d’exécution. Cela les amène à recourir à des touches vives, des touches de pinceau qu'ils refusent de lisser par le méticuleux travail de finition que préconisent les canons de l’académisme. 

Photographier l'incertitude

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Qu’est-ce qui nous plait dans une photo ? Qu’est-ce qui retient notre attention ?  S'agit-il de son sujet ? De sa capacité à nous informer, à nous émouvoir ? De ses qualités plastiques ? Un peu de tout cela probablement. Mais ces caractéristiques ne sont pas propres à la photographie. Un dessin, une peinture, un film, une vidéo possèdent également ce potentiel… En quoi consiste, alors, la spécificité du medium photographique ?